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AG du réseau AFIP

tiré du site officiel de la ville d'ARRAS que nous vous invitons à découvrir http://www.ville-arras.fr avec l'aimable autorisation de la ville d'Arras

L'AG de l'AFIP a eu lieu les 7 et 8 juin à ARRAS
" Quelle adéquation entre nos actions et notre projet ? Evaluer pour évoluer"
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- Trans Rural Initiatives en parle : " L'AFIP réfléchit à la place des associations" TRI n°215 juin 2002

- Compte-rendu complet disponible dans le porte-document électronique interne au réseau AFIP

- La table ronde " Dans une société en bouleversement, quelle responsabilité et quelle utilité des associations ? " s'est déroulée avec Patrick Viveret et Jean-François Caron, vice-président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais.


Quelques liens Internet à propos de Patrick Viveret
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- Guy Hascoët avait confié à Patrick Viveret, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, une mission de cadrage et d'exploration en date du 25 juillet 2000, sur la question de nouveaux critères et indicateurs de richesse.

- Patrick Viveret est aussi ancien rédacteur en chef de Transversales Science Culture, Directeur du Centre international Pierre Mendès-France (CIPMF).

 

Synthèse du rapport de mission "Reconsidérer la richesse"de Patrick Viveret
réalisé par l'APEAS pour le Mouvement pour un Développement Solidaire (MDS)

Il s'agit souvent, quand l'économie alternative et solidaire est en débat, de regarder autrement la réalité, de chausser d'autres lunettes ; une histoire de point de vue, oui, bien sûr mais aussi histoire de ne pas se laisser convaincre que la réalité est naturelle, neutre de représentations mentales. Par exemple que l'économie n'est pas politique, que la richesse se mesure objectivement. Patrick Viveret est venu nous présenter et parler du travail qu'il mène pour reconsidérer la richesse.
Il s'est vu confier une mission " nouveaux facteurs de richesse " par le Secrétaire d'État à l'Économie Solidaire, Guy Hascoët, mission impossible selon l'auteur, à proposer un système cohérent susceptible de transformer en profondeur notre comptabilité nationale et de modifier à travers la monnaie et la pluralité d'autres systèmes d'échange, la circulation et la distribution des richesses ! Patrick Viveret réussit à nous faire reconsidérer notre représentation de la richesse dans une perspective historique et à proposer des pistes de travail, de réflexions, de débat, d'expérimentations.
Nous avons conservé le plan du texte originel et avons tenté de résumer une pensée vive, claire, ouverte sur l'utopie en action.

I / DES THERMOMÈTRES QUI RENDENT MALADES

Nos instruments de mesure ont l'étrange caractéristique de comptabiliser positivement des destructions ; la marée noire de l'Erika, la tempête de décembre 99, les accidents de la route, l'abattage des vaches folles ( entre autres catastrophes) sont favorables à la fameuse croissance du Produit Intérieur Brut ( PIB ). En effet, pourvu que des flux monétaires soient générés, peu importe leur origine. Dès lors qu'il faudra payer des garagistes pour réparer les voitures endommagées, des cimentiers pour brûler les farines animales, des personnels hospitaliers pour soigner les victimes de la pollution, des employés de pompes funèbres pour enterrer les morts, il y aura de la valeur ajoutée enregistrée dans la comptabilité nationale. Et c'est bien connu, reconnu la croissance du PIB fait diminuer le chômage ! Il s'agit d'un curieux thermomètre qui indique une température dont nous ne savons plus ce qu'elle indique. Nos outils actuels de mesure de la richesse intègrent des comportements dangereux du point de vue du bien commun

1°/ LES EFFETS PERVERS DE NOTRE REPRÉSENTATION DE LA RICHESSE
La comptabilisation actuelle de la richesse équivaut ainsi à accorder une sorte de prime à la destruction au détriment de la prévention. Les réparateurs des destructions voient leur chiffre d'affaires augmenté et les payeurs ( État, Sécurité Sociale, Collectivités Locales) reçoivent plus de cotisations calculées sur ces chiffres d'affaires ! À moyen et long terme cette logique absurde est un jeu dangereux pour tout le monde. Mais quels élus oseront s'attaquer à ce chantier aussi vaste que complexe ? Les conséquences d'une telle logique sont redoutables : elles fondent le mythe des "producteurs" et des "ponctionneurs" ; elles font de l'Etat, des services publics, des associations un secteur suspecté en permanence d'être parasitaires.
Et si on changeait de thermomètre ? Mais avant de penser de nouveaux outils, il faut comprendre pourquoi les anciens sont en action. Un bref retour historique s'avère nécessaire

2/ RICHESSES, VALEURS, UTILITÉ : LE BOULEVEVERSEMENT CULTUREL DE LA SOCIÉTÉ DE MARCHÉ
La plupart des civilisations dévalorisaient les notions de travail, de production. Dans cette perspective la seule économie qui vaille est "l'économie du salut". Dans cette société d'ordre du Moyen-Âge chrétien, l'individu n'existe pas ; la morale et le politique tiraient leur légitimité du droit divin.
Un nouveau monde émerge lentement au XVIIème siècle où la nouvelle loi montante, celle de l'économie, récuse toute distinction morale, tout rapport au religieux, s'émancipe du politique, traite la nature non comme un cosmos mystérieux mais comme un matériau malléable et ne connaît que trois catégories pour se refonder sur les ruines de l'ancien : l'individu, le désir, la raison calculatrice au service de ce désir.

3/ UNE TRIPLE RÉVOLUTION FONDATRICE DE NOTRE MODERNITÉ
Cette économie marchande est fille de trois révolutions dont nous ne sommes pas prêts à récuser l'héritage. La première, intellectuelle et culturelle, invente l'individu et l'autonomie de la raison. La seconde, politique, récuse les sociétés d'ordre et fonde la légitimité du pouvoir, non sur le droit divin, mais sur la volonté générale des citoyens. La troisième, technologique et scientifique, fait du Progrès et de l'Histoire le nouveau sens possible de la vie personnelle et collective. On aura reconnu l'Europe des Lumières préparée par la Renaissance, les révolutions britanniques, américaines et françaises et l'entrée dans l'ère industrielle. L'argument majeur qu'invente la révolution française, pour discréditer les sociétés d'ordre est celui de l'improductivité du clergé et de la noblesse. C'est dans cette perspective que l'on peut comprendre le considérable renversement culturel dont témoignent les définitions de la richesse, de l'utilité et de la valeur qui vont apparaître au XIXème siècle. Nous n'avons pas la place ici de montrer les argumentations mais avec des penseurs tels que Malthus, JB Say et Walras ( père et fils ) la société intègre de nouvelles valeurs ; la monnaie devient l'étalon objectif d'évaluation des richesses, le travail domestique et les services publics sont jugés non productifs, l'utilité d'une chose est tout ce qui est propre à satisfaire les besoins, les désirs de l'Homme. Lui seul est juge. La valeur est déterminée par le prix qu'il y met. L'économie s'exonère progressivement de la responsabilité et de l'éthique.
Ce que le libéralisme va devoir assumer, c'est le prix de cette promotion du désir détaché de toute norme, de cet individu "hors société" et de cette économie découplée du politique et de l'éthique. Ce prix c'est, pour l'essentiel, l'abandon de la recherche du bien commun.
Le marxisme, va, sur ce terrain de la représentation de la richesse partager le même socle culturel que le libéralisme. Les deux grandes idéologies vont en effet se forger et s'accorder, malgré la violence de leurs conflits sociaux et politiques, sur l'idée que l'essentiel, l'infrastructure, réside désormais dans l'économie, fondatrice, par le travail productif, de toute richesse possible. On retrouvera, dès lors, dans les deux grandes traditions, les mêmes points aveugles, ceux-là mêmes qu'entérineront les systèmes de comptabilités nationales qui naîtront après la seconde guerre mondiale ( entre autres que les biens naturels abondants et gratuits, l'air, l'eau, n'ont pas de valeur ).

4 / LA COMPTABILITÉ NATIONALE ET LA FASCINATION DE L'ÈRE INDUSTRIELLE
C'est lorsque l'Etat a pris les rênes de la politique industrielle et de la planification (en France après la Seconde guerre mondiale) que les idées que nous venons d'évoquer se sont muées en outils de mesure, en institutions, en chiffres lancés dans le débat public comme indicateurs du progrès. C'est alors que le concept de croissance économique qui mesure la variation positive du PNB devient central et en vient à s'identifier pratiquement à la notion de Progrès. La prétendue économie du "bien être" était en réalité une économie du "beaucoup avoir" ce qui n'est pas sans conséquences lourdes sur le plan culturel voire civilisationnel.
Un autre thermomètre à manier avec précaution est la productivité qui mesure le temps humain passé à fabriquer un produit. Il n'y a de solution au problème du chômage généré par les progrès de productivité que si de nouveaux emplois se créent dans des secteurs où ces progrès ne chassent pas l'être humain. Le seul secteur possible serait celui des services relationnels où l'on ne peut remplacer l'humain par une machine. Les pôles de développement de nos économies reposent sur des secteurs comme l'éducation, la santé. Et là le concept de productivité devient carrément contre-productif. L'approche productiviste mesure le nombre d'actes, de traitements, de patients. La comptabilisation actuelle des politiques préventives a pour effet paradoxal de réduire la croissance !

5/ LA DOUBLE FACE DE LA MONNAIE
Si on veut dépasser l'échange sous forme de troc, on conçoit qu'il est utile d'adopter une unité de compte unique. On retrouve la même nécessité que celle qui a donné naissance à d'autres systèmes de mesure ( heures, kilogrammes, mètres …). Mais justement, imagine-t-on la pagaille qu'introduirait une bourse des kilos et des mètres changeant de valeur quotidiennement ? C'est pourtant ce qui se passe avec la monnaie.
On parle encore d'argent mais le dernier lien qu'entretenait une monnaie avec un métal précieux a été coupé en 1971 par le Président Nixon. Cela ne nous empêche pas de continuer à parler d'argent, à croire que la monnaie a de la valeur en elle même et à ôter en revanche leur valeur aux humains et à la nature qui sont pourtant, par leur échange transformateur, les seules sources réelles de valeur.
Cette confusion sur la monnaie, source de valeur, est d'autant plus forte qu'elle a une fonction " réserve de valeur " qui permet de différer dans le temps l'échange grâce à l'épargne, l'investissement, la thésaurisation et la spéculation. Le problème est que le risque que la monnaie se dévalorise est historiquement plus fondé que l'inverse. Le taux d'intérêt représente une sorte de prime d'assurance mais qui donne même une valeur supérieure ; il rétribue le service rendu ( le prêt ) mais conduit à ce que l'argent travaille tout seul. C'est même à cause de cette étonnante propriété, de s'auto-créer dans le temps, que le prêt à intérêt fut très longtemps considéré comme le premier des péchés mortels. Car c'était attribuer à l'argent un pouvoir sur le temps qui n'appartient qu'à Dieu. Il a fallu l'invention du purgatoire pour que les usuriers ne soient plus damnés et que le financement de l'église s'organise sous de meilleurs auspices ( cf le passionnant livre de l'historien Jacques Le Goff, La Bourse et le Vie ).
Les trois fonctions de la monnaie ( étalon, moyen d'échange, réserve de valeur ) sont en partie contradictoires mais profitable pour ceux qui savent en jouer et source d'injustice pour les autres.
L'appropriation démocratique de la monnaie est une exigence de même importance que la mise en débat public de nos représentations de la richesse. Le droit d'émettre de la monnaie, c'est-à-dire des droits de tirage sur la richesse collective, appartient à la collectivité démocratique. De même que la valorisation de certaines richesses plutôt que d'autres résulte de choix et non d'une sorte d'état de nature qu'il suffirait de constater.
La monnaie est un signe qui facilite l'échange donc facteur de pacification ( le mot payer vient du latin pacare qui signifie pacifier ). Mais dans le même temps la monnaie est aussi vecteur de la violence des rapports sociaux. Cette ambivalence de la monnaie se manifeste dans l'abstraction qu'elle porte en elle ; cette abstraction permet son universalisation et l'échange au loin dans l'espace ( grandes monnaies convertibles ) et dans le temps ( épargne, investissement ). Mais cette monnaie finit aussi par détruire l'échange de proximité. C'est à ce déficit que se sont attaqués les nouveaux mouvements d'échanges tels que les SEL ( Systèmes d'Échanges Locaux ) en France. Il s'agit de proclamer que le " lien est supérieur au bien ", de réinsérer l'être humain au cœur de cet échange où il disparaît dans sa pure fonctionnalité de producteur ou de consommateur.

CONCLUSION
Le chantier est considérable et s'inscrit dans la perspective de l'écologie humaine. Ce projet appelle nécessairement un surcroît de qualité démocratique. La démocratie est l'espace par excellence où doit d'organiser la délibération sur les valeurs. Le projet à construire s'ordonne autour de la mise en place d'un nouveau paradigme à promouvoir qui est l'évaluation démocratique au service du développement humain durable.

II / UN PROJET, UNE STRATÉGIE, UNE MÉTHODE

L'ampleur des effets pervers prouve qu'il existe des obstacles forts au changement de nos représentations ; ceux qui auraient intérêt à changer n'en n'ont pas le pouvoir, ni le savoir, ni même l'idée d'ailleurs par intériorisation inconsciente des représentations. Il s'agit des personnes en situation de précarité, d'exclusion mais aussi des militants, acteurs des secteurs sociaux, politiques, culturels qui ont inscrit leur propre projet alternatif à l'intérieur de l'économisme et qui bornent leur projet à un changement de rapport de forces.
Ceux qui savent ont le pouvoir et trouvent avantage à maintenir le statu quo. Il s'agit des bénéficiaires financiers et symboliques de la société de marché, " les gens de Davos ".
Entre ces deux catégories, les services publics et les forces associatives au sens large pourraient jouer un rôle déterminant s'ils osent sortir d'une vision réductrice. C'est là que se trouvent les acteurs de l'économie sociale et solidaire qu'ils soient dans les services publics ou dans les associations. Ce sont ceux qui se reconnaissent et qui se sont retrouvés à Porto Alegre au Forum Social Mondial.

CAPITALISER LES AVANCÉES DÉJÀ RÉALISÉES
Elles sont considérables mais restent peu connues, éparses et nécessitent une mise en perspective et une fécondation mutuelle pour exploiter leur potentiel.

1/ LES PISTES OUVERTES DANS LE DOMAINE DE LA REPRÉSENTATION DE LA RICHESSE
Il s'agit des indicateurs de développement humain ( IDH ) théorisés par le prix Nobel d'économie Amartya Sen et introduits par le PNUD ( Programme des nations Unies pour le Développement ) en 1996. Les IDH prennent en compte l'espérance de vie, le niveau d'instruction, le revenu, l'inégalité entre les sexes. Cet indicateur permet notamment de constater que le classement des nations change s'il est en fonction du PIB ou de l'IDH ; ce ne sont plus les mêmes pays qui se retrouvent en tête. D'autres indices ont été mis au point comme l'IPH ( Indicateur de Pauvreté Humaine ) qui permet d'affiner encore plus les évaluations.
La Banque mondiale confrontée à l'échec de ses politiques d'ajustement expérimente aussi un nouvel instrument de mesure, le capital social, qui est encore discutable mais qui introduit un facteur humain dans les évaluations.
Le projet de Net National Welfare, initié par James Tobin prenait en compte le PIB mais en lui soustrayant les dépenses liées aux dommages dues à la croissance.
Plusieurs recherches internationales se sont centrées sur l'écologie et comptabilisent l'impact du développement des activités économiques sur l'environnement.
L'auteur, Patrick Viveret suggère la création d'un séminaire international régulier pour nourrir la recherche. Il propose également que les pays développés appliquent la méthodologie des IDH à leur propre pays et élaborent un rapport national, européen. Elle permettrait une autre évaluation de la richesse, des politiques publiques et favoriserait le soutien à une économie de la prévention et du recyclage.
La recherche publique aura également intérêt à se nourrir de la floraison des initiatives prises au sein de la société civile. Le bilan social fut un des outils précurseurs qui permet d'évaluer les entreprises selon des critères sociaux et environnementaux.

2/ LES PISTES OUVERTES DANS LE DOMAINE DE L'ÉCHANGE ET DE LA MONNAIE
Par manque de place, nous ne revenons pas sur les SEL et les RERS ( Réseau d'Échanges réciproques de Savoirs ) qui expérimentent un autre rapport au temps, à la valeur, à l'échange.
Les monnaies dédiées ou affectées regroupent la totalité des moyens de paiement ou d'échanges affectés à des usages spécifiques ; ce sont les titres de transport, les chèque-restaurants, les cartes de téléphones etc…Elles ont pour caractéristique d'avoir un durée d'usage limitée et de ne pas être objets de thésaurisation ou de spéculation. Elles peuvent être un vecteur majeur de corrections d'inégalités, de lutte contre l'exclusion, d'incitation à développer des activités ou des services choisis par la communauté démocratique. Il serait en effet utile, dans une perspective de ré-appropriation démocratique de la monnaie, de faire porter, dans la lignée des expériences de budget participatif, une partie du débat civique sur la quantité et la nature des droits de tirage en monnaie affectée qui seraient décidés au moment des votes.

Une première étape a été franchie. Les obstacles au changement ainsi qu'une stratégie à moyen terme restent à franchir et à construire. On peut mesurer le caractère utopique du projet au sens positif du terme ; il nous paraît immense, presque impossible tant nous savons qu'un changement de représentation au niveau individuel et collectif est coûteux en énergie et en temps. Quand on voit les moyens considérables, financiers et humains que nos sociétés ont pu mobiliser pour éviter le fantomatique bug de l'an 2000, on ne nous fera pas croire que nos sociétés n'ont pas les moyens de se doter d'outils d'évaluation plus adaptés aux problèmes de l'avenir qu'à ceux du passé.

Le MDS se propose d'entamer ce travail en collaboration avec Patrick Viveret et en prolongement de la journée inter associatif du 30 mars.

 

 

 

 

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