LA MEDIATION TERRITORIALE EN DEBAT

en cliquant sur le logo AFIP, retour page accueil Le thème de la médiation territoriale a été débattu en Assemblée Générale de l'AFIP, les 7 et 8 juin 1999.

En voici quelques extraits :

 

Notion de médiation
On parle de plus en plus de médiation. On en met même à toutes les sauces : médiateurs SNCF, médiateurs dans les cités, médiateurs de justice...La médiation est au goût du jour, à la mode. A tel point, que ça en devient presque suspect...

La médiation est une mise en relation, qui permet d'établir des liens entre individus qui s'ignorent ou se méconnaissent. La médiation invite à la confrontation des individus ou des institutions qui s'enferment dans leurs certitudes. Lorsque l'absence de liens, de communication est exacerbée, elle peut mener au conflit : la médiation peut aussi intervenir pour gérer des conflits. Mais pas uniquement dans ce cas.

De la médiation, il naît quelque chose de nouveau. L'issue de la médiation n'appartient à aucune des deux parties en propre. La médiation provoque et fait prendre en charge par les intéressés un réel changement. La médiation permet la construction d'accords sans en influencer les termes et sans préjuger du résultat.

Et à l'AFIP ? L'AFIP affectionne la notion de "passerelle" : servir de passerelle entre acteurs ruraux est un des principes d'action de l'AFIP. L'AFIP est ainsi intervenue dans la gestion de conflits entre agriculteurs et autres acteurs (autour de la gestion de l'espace rural). Mais le plus souvent, elle assure une mise en relation d'acteurs, qui induit elle-même un processus de changement dans la recherche d'un intérêt commun.

La médiation : un arbitrage ? un consensus ? Ni l’un, ni l’autre. A travers la médiation, on amène les gens à dialoguer et à trouver un accord par eux-mêmes. On ne leur propose pas un arbitrage entre des solutions extérieures. La médiation n’est pas non plus un consensus : en renforçant des groupes qui n’ont traditionnellement pas voie au chapitre, on crée des situations potentielles de friction, de conflits.

Renouer le dialogue ou rechercher la paix sociale ? La médiation est un moyen, une méthode, une technique et pas un objectif en soi. Elle peut être un élément dans un processus de développement local, être source de dynamisation. Elle doit permettre à chacun des groupes de s'exprimer et de mener son projet dans le cadre du projet collectif. Mais, dans un objectif de "paix sociale" (souci des élus) elle peut également amener à étouffer un problème et être alors élément de manipulation. L'objectif de la médiation est de renouer le dialogue. Ca passe généralement par des conflits, ça ne se passe pas dans le calme.

Témoignages
1. Paimpont (Ille et Vilaine) : renouer le dialogue entre agriculteurs et ruraux

Conflit ouvert et médiatisé entre agriculteurs de la commune et riverains, autour du projet de construction d'un élevage hors sol (les uns soutenant le projet, solidaires du jeune agriculteur, les autres s'y opposant, et s'étant constitué en association).

L’action de l’AFIP Bretagne a consisté à inviter les différents usagers à réfléchir à l'avenir de la commune, afin de passer d'une logique de rapports de force à celle de compréhension mutuelle.

Eléments méthodologiques : faire s'exprimer les gens (enquêtes), les écouter et reformuler (permet d'atténuer les propos). Eléments de réussite : associer l'ensemble des acteurs. En tant que médiateur, être extérieur au territoire ; financement extérieur, également.

Question : La médiation s’inscrit-elle dans une volonté des élus de maintenir une paix sociale ou de trouver une sortie par le haut à ce conflit ?

2. Pays de Retz : appuyer la création d'activités par les femmes

Dans cette action, l’objectif est de permettre à un groupe de s’exprimer, de devenir l’égal de ses interlocuteurs (élus et autres acteurs socio-professionnels), ce qui ne correspond pas vraiment à une action de médiation.

En revanche, l’AFODIP identifie plusieurs besoins qui feraient davantage recours à la médiation : besoin de relier les acteurs en amont de la création d'activités, de créer des synergies entre le social et l'économie. Et dans la phase de réalisation des projets des femmes, phase où l'AFIP n'est plus sur le territoire, besoin de créer des lieux de débat, de négociation, de déceler et faire s'exprimer les conflits d'intérêts latents (prévisibles sur le plan économique, entre la nouvelle activité et celles déjà existantes).

Question : la médiation permet-elle de faire entrer dans le dialogue social des exclus, ou s’en tient-elle à une confrontation entre des gens " de bonne compagnie " ?

3. Commune de Bouguenais : la médiation au service d'un projet communal collectif

La présentation du projet a mis en évidence trois phases, trois types d’intervention en médiation :

- médiation "chaude" : recueil, à chaud, par un intervenant extérieur à la commune, des opinions, revendications, interrogations, propositions des habitants concernant l'avenir de la commune .

- médiation "passerelle" : groupe de travail sur le maintien de l'agriculture, constitué de citoyens et de propriétaires fonciers. La médiation passerelle fait le lien entre les acteurs.

- médiation "miroir" : réalisation de romans-photos, itinéraires d'individus, habitant la commune (à travers leur histoire, récit de leur relation au territoire). Et exposition, enregistrement des réactions des visiteurs. En renvoyant une image aux gens, la médiation miroir leur permet d'identifier les différents modes de justification des individus, et de leur faire prendre conscience qu'ils se réfèrent à des systèmes de valeurs différents.

Question : les élus peuvent-ils être des médiateurs ?

"Les associations et la médiation", commentaire de Jacqueline Mengin
"Concertation entre agriculture et environnement", par Jean-Eudes Beuret 
Les territoires dans lesquels interviennent les associations sont de plus en plus sectorisés, hétérogènes. Les gens sont cloisonnés, individualisés ; les régulateurs traditionnels ont disparu. La médiation, dans ce contexte, rassemble tout ce qui concoure à recréer une négociation, renouer le dialogue sur le champ social, et à y remettre les gens qui en sont exclus. Faire exister et faire se parler l'ensemble des groupes et des individus d'un territoire.

Le médiateur est un passeur. Il est extérieur à la situation et n'a pas d'intérêt à voir les uns ou les autres sortir vainqueurs de la médiation. Il ne peut pas préjuger du résultat. Le médiateur aide les groupes à entrer dans le jeu de la relation sur le champ social. Il fait grandir le groupe, le met en état d'exercer sa responsabilité citoyenne, de négocier.

La médiation est réussie quand elle permet à chacun de faire valoir utilement sa position dans ce qui est en jeu. La création, à l'issue d'une action de médiation, d'associations de citoyens qui font valoir leurs intérêts, leurs valeurs, constitue un élément de réussite intéressant. La médiation nécessite une étude préalable fine du territoire, des gens qui y vivent, afin d'identifier les groupes et leurs besoins en matière de prise de position citoyenne.

L'enjeu de la concertation agri-environnementale réside dans la préservation de biens communs qui se dégradent, ceci entre des acteurs qui ont des intérêts divergents. La politique agri-environnementale existante est déphasée. Le caractère individuel des mesures, et le fait que l'environnement soit davantage vu comme un problème que comme un capital à mettre en valeur, freine la création de dynamiques collectives. Face à ces lacunes des politiques publiques, les acteurs locaux construisent eux-mêmes des méthodes de concertation.

On identifie trois formes de concertation autour des enjeux agri-environnementaux :

- la concertation sectorielle : elle concerne des groupes d'agriculteurs qui se regroupent autour de convictions communes (agriculture durable, agriculture biologique), s'entendent sur un certain nombre de règles. Ces réseaux ne sont en général pas territoriaux et leurs résultats peu visibles pour les citoyens du territoire.

- la concertation extra-sectorielle : elle a lieu entre des agriculteurs et des acteurs non agricoles. Cette forme de concertation sépare le productif, géré par l'agriculteur, du "bien collectif", entretenu par la collectivité, la sphère marchande de la sphère non marchande.

- la concertation territoriale : elle a lieu entre les différents acteurs locaux, à l'échelle d'un petit territoire, et permet de fixer un niveau de qualité souhaité par l'ensemble des acteurs, de répartir les exigences entre les acteurs (agriculteurs, propriétaires, collectivités) afin de répartir l'effort à consentir.

Critères de réussite d'une concertation territoriale :

  1. Implication de tous les acteurs locaux, jusqu'à la fin : il faut veiller à ne pas restreindre le groupe, et ses ambitions (nombre de personnes, taille du territoire, ambition de l'accord).
  2. Présence d'un leader "multi-casquettes"
  3. Confiance : se connaître et se reconnaître des intérêts communs (processus long). Donner confiance : convaincre le groupe, les individus, qu’ils ont les moyens, les capacités de réussir.
  4. Espace rural valorisé : se reconnaître des biens communs qui ont une valeur.
  5. Innovation : imaginer localement et faire reconnaître globalement
  6. Présence de médiateurs externes : la médiation repose, au départ, sur les leaders locaux. Mais ceux-ci peuvent perdre de leur légitimité, être remis en cause au cours du projet. Il faut alors pouvoir s'appuyer sur des personnes extérieures au territoire.

Problèmes et limites des actions de médiation

  1. La source de financement. La nécessaire neutralité du médiateur rend complexe la recherche de financement. La longueur du processus n'encourage pas des bailleurs de fonds généralement peu motivés par ce type d'intervention.
  2. Légitimité du médiateur : elle impliquerait, pour l’AFIP, de nouer des alliances également avec des associations, groupes d’agriculteurs plus " conventionnels " que ses partenaires " de connivence ". Pour éviter que des accords ne se concluent qu’avec une fraction (souvent minoritaire) du milieu agricole.
  3. Appuis : il est hasardeux de faire émerger des situations de médiation, qui sont soit des situations de conflits, soit de rupture de lien social, de dialogue. Il faut au préalable faire prendre conscience aux gens des intérêts et enjeux communs qu’ils pourraient partager. Ce qui nécessite un investissement souvent important avant d’entrer dans la phase de négociation.

Malgré ces difficultés, il y a une offre de formation à concevoir. Sur quelles compétences ? Quelles méthodes ? Quels financements ? Entre l’agriculture et le reste de la société, les médiateurs se font rares : l’Etat n’est pas neutre, à cause de la cogestion.

 

Compte-rendu AG AFIP
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